ART on Paper, DreamLand
- Maïté Lanthin

- 1 mars
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 5 jours
In-Gate Gallery: voyage monochrome à travers la nature
Avec l'exposition DreamLand, In-Gate Gallery ne se contente pas de proposer une exposition thématique ; elle interroge notre manière de percevoir la nature à travers le prisme de la monochromie. Le titre, en apparence évocateur et poétique, suggère un territoire mental. Mais ce « pays du rêve » n’est pas un refuge. Il agit plutôt comme un espace de tension entre réalité et projection.

En choisissant le noir et blanc, les artistes, Anne-Marie Finné, Danja Akulin, Dmitry Bulnygin et Lorraine Defleur, réunis à In-Gate Gallery, renoncent à la séduction immédiate de la couleur pour concentrer le regard sur la structure, la lumière, la matière. La nature n’y est pas représentée comme simple motif, mais comme construction du regard : elle devient surface d’interprétation, mémoire fragmentée, présence parfois presque abstraite.
DreamLand s’inscrit ainsi dans une réflexion plus large sur l’effacement et la révélation. Ce qui semble absent, la couleur, l’anecdote, le détail superflu, devient précisément ce qui intensifie l’expérience. L’exposition propose moins une immersion romantique qu’un déplacement critique : elle invite à questionner ce que nous croyions voir et à reconnaître la part d’imaginaire qui façonne toute perception du réel.
Une exploration commune du regard
Réunir ces quatre artistes au sein de DreamLand répond à une volonté claire : interroger la manière dont la nature peut être perçue, traduite et transformée par le prisme de la monochromie. L’exposition ne juxtapose pas des démarches isolées; elle construit un dialogue.
En choisissant le noir et blanc et la matière brute du métal, les œuvres déplacent l’attention vers la structure, la lumière, le rythme et le vide. La nature y devient terrain d’expérimentation visuelle, espace de projection intérieure autant que réalité observée.
Cette exposition collective captivante affirme ainsi qu’au-delà des styles et des médiums, un même enjeu traverse les pratiques : revenir à l’essentiel pour mieux révéler la complexité du regard contemporain.
Ensemble, ces œuvres explorent les multiples nuances du monochrome et proposent une immersion poétique dans un univers à la fois précis et onirique.
Sur les murs, les dessins en noir et blanc de Danja Akulin, Anne Marie Finné et Lorraine Defleur oscillent entre un réalisme minutieux et des formes presque abstraites.
Dans l’espace, les sculptures métalliques de Dmitry Bulnygin complètent ce dialogue visuel, offrant une interprétation tridimensionnelle de la nature.
Danja Akulin
L'artiste transforme le graphite en atmosphères suspendues, où le silence des paysages se fait presque palpable. Ses dessins sur papier monté sur toile font émerger des horizons crépusculaires, des arbres éthérés et des lacs immobiles, capturant l’instant fragile entre lumière et ombre. Chaque œuvre se déploie comme un souffle poétique, invitant le regard à s’attarder sur l’éphémère et la mémoire enfouie.

Dans ses dessins, Danja Akulin capture la lumière et les ombres, préservant ainsi les ambiances et les émotions. Il puise son inspiration dans son environnement, ses rêves et ses souvenirs et reproduit des objets tels que des codes-barres, des empreintes digitales ou encore des paysages et des arbres.
Né en 1977 à Saint-Pétersbourg, en Russie. Danja s'installe à Berlin en 2000 pour étudier à l'Université des Arts, où il vit et travaille toujours. Pendant ses études, il se forme auprès de Georg Baselitz et Daniel Richter
Ses dessins esthétiques en noir et blanc sont de nature minimaliste et conceptuelle. Il utilise en grande partie des matériaux tels que le graphite, le fusain et le crayon. Sur ses œuvres sur toile de grand format, il varie l'épaisseur et la finesse des lignes pour créer une fusion et des dissolutions des contours. Ce que la couleur est pour certains peintres, la texture des dessins est pour Akulin son moyen d'expression artistique.
Anne Marie Finné
Dans un registre voisin mais profondément personnel, Anne Marie Finné explore des territoires intimes et labyrinthiques. Ses dessins au graphite — parfois enrichis de papier carbone recyclé — privilégient la ligne et la nuance, révélant des espaces où le réel et l’imaginaire se confondent. Sa série Vue Générale esquisse des panoramas silencieux : torrents, collines, prairies et habitations isolées s’y fondent dans un paysage à la fois tangible et rêveur.

Ce dessin raffiné, impressionnant par son élaboration minutieuse et miniature, nous invite à nous approcher, à entrer dans l'espace et à découvrir la beauté de chaque fragment de nature réinventé par l'artiste.

Dans Les Bois et Nuit Claire, elle va plus loin, sondant une nature intérieure, où le geste sur le carbone semble faire naître la lumière du noir le plus profond.
Anne Marie Finné apporte à DREAMLAND un univers de paysages délicats et labyrinthiques, dessinés avec une sensibilité aiguë et un respect pour les rythmes tranquilles et cachés de la nature.

Dmitry Bulnygin
L'artiste détourne les matériaux industriels pour redonner vie aux formes végétales. Sa série Weeds propose des sculptures métalliques d’une étonnante délicatesse : Rhododendron Branch, Fern ou Lily of the Valley deviennent des figures botaniques réinventées, où rigidité et fragilité dialoguent dans un langage formel résolument contemporain.
Dans le cadre de l'exposition DREAMLAND, Dmitry Bulnygin présente une nouvelle série d'œuvres issues de sa série en cours « Winter Herbarium » (Herbier d'hiver), une collection remarquable de sculptures qui réinventent les formes botaniques à travers des matériaux industriels. Parmi les pièces exposées figurent « Branche de rhododendron », « Branche d'épicéa », « Fougère », « Branche de chardon », « Muguet », « Goutweed commun » et « Seigle », toutes datées de 2025.
Bulnygin transforme les restes rejetés de la vie industrielle (fil métallique, ferraille, fragments de machines ou déchets) en une flore fragile et surprenante. Ce faisant, il joue avec la tension entre les détritus industriels bruts et les formes végétales délicates, obligeant les spectateurs à reconsidérer notre relation aux déchets, à la nature et à la régénération. Le métal n'est plus froid et inerte, mais lyrique et vivant, réenchantant ce que nous considérons généralement comme des «déchets».
Lorraine Defleur
Lorraine Defleur, quant à elle, explore la répétition et la densité dans ses dessins à l’encre. Chaque surface devient un texte silencieux composé de milliers de traits minutieux. Dans des œuvres comme Aperture, The Womb ou The Contrast, la régularité du geste crée une harmonie intérieure, tandis que les micro-variations insufflent un souffle de vie, presque imperceptible, à la surface.
DreamLand réunit ces quatre univers autour de la monochromie et de la subtilité. L’exposition invite à une contemplation attentive, un déplacement du regard vers l’essentiel, où formes, mémoire et émotions se répondent dans un dialogue intime entre absence et présence.

L’exposition offre ainsi une expérience immersive, où la nature se révèle sous de multiples visages ; méditatif, poétique, abstrait ou sculptural, où le noir et blanc devient une invitation au rêve et à l’émerveillement.
IN – GATE
GALLERY
Rue Saint-Georges 14,
1050, Bruxelles info@ingategallery.com
Exposition:
Jusqu’au 14 mars 2026





















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