En voyage avec Lismonde. L’Italie et la Grèce dans le regard de l’artiste
- Maïté Lanthin

- il y a 2 jours
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Dernière mise à jour : il y a 1 jour

Et si vous vous accordiez une parenthèse hors du temps ?
Un prochain dimanche, laissez-vous accueillir aux Roches, à Linkebeek, la Maison de Jules Lismonde. Nichée au cœur d'un magnifique jardin, cette demeure exceptionnelle vous invite à découvrir l'univers intime de l'artiste.

Laissez-vous guider à travers l'exposition et partez en voyage avec Lismonde. Découvrez ses dessins, ses peintures, ses souvenirs d'Italie et de Grèce, son regard singulier sur le monde, où le noir révèle toute la lumière. Explorez les lieux où il a vécu, créé, rêvé, et où la musique, la poésie et l'art semblent encore habiter chaque pièce.
Plus qu'une exposition, c'est une rencontre avec un artiste qui nous invite à ralentir, à observer autrement et à nous émerveiller devant l'essentiel.
l’exposition prend une dimension particulière. Le visiteur découvre les œuvres de Jules Lismonde dans le cadre même où elles furent pensées, dessinées ou méditées. Entourée de verdure et empreinte d’une atmosphère de sérénité, cette maison-atelier permet de mieux comprendre la personnalité d’un artiste pour qui l’art était indissociable de la contemplation, de l’amitié et du dialogue
Plus qu’une maison, c’est un lieu habité par une mémoire, une présence discrète qui semble prolonger l’esprit de Jules Lismonde.

Depuis ma première visite à la Maison Lismonde, j'y retourne avec le même plaisir, à l'occasion d'une exposition ou d'un concert. Plus qu'un lieu de mémoire, cette demeure offre les conditions d'une véritable rencontre avec l'œuvre. La qualité de l'accueil, le calme du jardin et l’authenticité des lieux prolongent naturellement la démarche de Lismonde, dont les fusains trouvent ici un cadre qui en révèle pleinement la force et la subtilité.
Le voyage constitue une source d’inspiration essentielle dans le cheminement artistique de Jules Lismonde. En 1934, alors qu’il affirme sa vocation de dessinateur, il entreprend un périple qui le mène en Italie puis en Grèce. Des rues de Rome aux rivages de Corfou, des vestiges antiques d’Athènes aux paysages de Florence et de Naples, il découvre un patrimoine architectural et culturel qui nourrit profondément son regard. Ses carnets et dessins traduisent déjà son attrait pour les lignes, les volumes et les jeux de lumière.


Si le noir domine son œuvre graphique, c'est parce qu'il y trouvait une richesse infinie de nuances, de lumière et de poésie, sans jamais renoncer à son goût pour la couleur, comme le montre cet autoportrait peint quelques années avant ses voyages en Italie et en Grèce.
Cette exposition met à l'honneur les dessins de Jules Lismonde, réalisés en noir et dans une infinie palette de gris. Un choix qui est devenu sa signature artistique. Pourtant, Lismonde ne rejetait nullement la couleur, bien au contraire. Il a réalisé des œuvres en couleur, conçu des tapisseries aux tonalités rouges et est même allé jusqu'à peindre son piano en vermillon.

Deux décennies plus tard, en 1954, l’Italie s’impose à nouveau comme une étape déterminante de son parcours. Grâce à une bourse de séjour, Lismonde réside plusieurs mois à Rome, où il approfondit son étude des monuments et des espaces urbains. Inspiré par la richesse de la ville éternelle, il réalise une série d’œuvres qui témoignent de sa fascination pour l’équilibre des formes et la puissance évocatrice de l’architecture.
En haut à gauche: église Santa Maria in Portico in Campitelli à Rome
1934 – Fusain sur papier bistre
En haut au milieu : Jardin d’hôtel à Florence, 1934 – fusain marouflé sur carton
En haut à droite: Ponte Frabricio et la Torre Caetoni , Rome 1934 – Fusain sur papier bistre
En bas à gauche: Intérieur du Parthénon, 1934 – Fusain sur papier
En bas à droite: Colonne du Parthénon, 1934- Fusain sur papier
En bas au milieu: Athènes, le Parthénon 1934 – Fusain sur papier
Ces années romaines marquent une étape importante dans la maturation de son langage artistique, caractérisé par une recherche croissante de simplicité, de rigueur et de lumière.


L’exposition consacrée à ses voyages permet de mieux connaître l’artiste et l’homme. Des vidéos retracent les moments marquants de sa vie et de sa carrière, tandis que plusieurs documents évoquent les lieux qui lui étaient chers, notamment le grand chêne d’Amérique qui veille sur le parc. Ces témoignages apportant une dimension profondément humaine à la découverte de son œuvre et renforcent le sentiment d’entrer, le temps d’une visite, dans l’intimité de son univers.

Au-delà de l'oubli
La postérité de Jules Lismonde illustre l'un de ces paradoxes récurrents de l'histoire de l'art : celui d'un créateur dont la reconnaissance, incontestable de son vivant, s'est progressivement estompée au fil des décennies. Cet effacement ne procède nullement d'un affaiblissement de son œuvre, dont la cohérence et l'exigence demeurent intactes, mais des déplacements du regard critique et des mécanismes qui président à la construction des canons artistiques. À contre-courant des séductions de la couleur, de l'effet ou du spectaculaire, Lismonde a construit un langage d'une rare intensité, fondé sur la souveraineté du dessin, les infinies nuances du noir et blanc et une abstraction méditative qui privilégie la vibration intérieure à l'évidence formelle. Une telle démarche, profondément exigeante et réfractaire aux logiques du marché comme aux récits dominants de la modernité, explique en partie que son œuvre soit aujourd'hui davantage célébrée par les historiens, les collectionneurs et les amateurs éclairés que par les grandes institutions internationales. Le caractère essentiellement belge de sa carrière, conjugué à la rareté des rétrospectives d'envergure qui lui ont été consacrées, a contribué à maintenir son œuvre dans une forme de discrétion dont rien, pourtant, ne justifie la permanence au regard de son importance artistique.
Pourtant, cette discrétion ne signifie pas disparition. Outre ses remarquables tapisseries monumentales, acquises notamment par des institutions bancaires, Lismonde demeure présent dans le paysage culturel du pays notamment à travers « Que la mer épargne » (1976), vaste haut-relief intégré à la station Pétillon du métro bruxellois.

A ce jour l’œuvre a dû être démontée pour recevoir une restauration, l’étude pour son remplacement est en cours.
Ce Voyage avec Lismonde est aussi le fruit d'un remarquable travail collectif. Tout au long de l'année, une équipe de bénévoles veille avec enthousiasme à faire vivre ce lieu de mémoire et de création. De la préparation des œuvres à l'accueil des visiteurs, en passant par la recherche documentaire et l'organisation des événements, chacun apporte sa contribution avec générosité. Leur engagement dépasse la simple gestion d'un espace d'exposition : il participe à la transmission d'un héritage artistique et humain.

Grâce à leur présence attentive et à leur connaissance du lieu, la visite prend une résonance toute particulière. Les œuvres se découvrent dans le cadre même où elles ont été pensées, dessinées ou méditées, offrant une rencontre rare avec la vision artistique de Jules Lismonde. Plus qu'une exposition, cette visite invite à partager l'expérience sensible d'un artiste majeur du XXᵉ siècle.
EN VOYAGE AVEC LISMONDE
Jusqu’au 27 septembre 2026 inclus
À l'occasion de l'exposition, une publication consacrée aux œuvres les plus emblématiques de Lismonde a été rédigée par Serge Goyens de Heusch, qui en assure également le commissariat.
Adresse : Dwersbos 1, 1630 Linkebeek, Belgique.
Visites : Les dimanches de 14 h à 17 h 30.
Entrée : gratuite.
Tél. 02 380 51 03

















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