DIARY OF HAPPINESS: TOUT LE BONHEUR DU MONDE
- Maïté Lanthin

- il y a 3 jours
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Dernière mise à jour : il y a 2 jours
À la Villa Empain, la Fondation Boghossian présente jusqu’au 4 octobre 2026, Diary of Happiness, la première exposition de Jean-Michel Othoniel dans la capitale belge.
Plus qu’un parcours géographique, l’ensemble compose une cartographie intime, où chaque œuvre transfigure les lieux traversés au fil de plus de trente années d’itinérance à travers le monde.
Loin de tout effet décoratif, plus d’une centaine d’œuvres habitent véritablement la maison : elles en investissent les volumes et instaurent un dialogue vivant avec l’architecture. Le face-à-face entre sculptures monumentales et aquarelles, plus sensibles, révèle la dualité de son travail, entre déploiement spatial et intériorité.
(texte: Maïté Lanthin, photos: Maïté Lanthin, sauf mention contraire)

Né à Saint-Étienne en 1964, Jean-Michel Othoniel s’impose depuis les années 1980 comme une figure majeure de l’art contemporain, à la lisière de la sculpture et de l’espace architectural. D’abord explorateur de matières organiques, soufre et cire, il fait évoluer son vocabulaire plastique en adoptant le verre comme matériau central, travaillé avec les artisans de Murano et développé notamment à travers le motif de la perle baroque.
Ses interventions, qu’elles s’inscrivent dans l’espace public ou institutionnel, ne relèvent jamais d’une simple occupation des lieux, elles en reconfigurent la perception. Présenté dans de grands musées et espaces publics à l’échelle internationale notamment à Paris, Versailles, au Louvre, ainsi qu’à Doha ou San Francisco, son travail déploie une tension subtile entre monumentalité et délicatesse, où la séduction formelle s’accompagne d’une dimension plus introspective.
Diary of Happiness est avant tout une œuvre née à la suite d’un séjour au Japon. Conçue comme un boulier épuré, elle associe chaque perle de verre à une journée vécue .
Chaque barre du boulier est divisée en deux zone, blanche pour les instants heureux, noire pour les jours plus sombres l Ce dispositif simple devient un miroir intérieur : en rendant visible la part de lumière et d’ombre de notre quotidien, il invite à un rééquilibrage conscient. L’œuvre encourage ainsi une forme d’optimisme lucide, une attention portée à ce qui éclaire, pour que le mouvement des perles tende peu à peu vers la lumière.

Au fil du temps, la sculpture devient un indicateur sensible de notre rapport au bonheur. En révélant cet équilibre fragile, Othoniel invite à un déplacement intérieur : réorienter le regard, afin que les jours à venir s’inscrivent davantage du côté de la clarté.
Là où le boulier traditionnel sert à calculer et quantifier, l’œuvre de Jean-Michel ’Othoniel mesure une réalité immatérielle, celle des émotions. Ainsi, le geste reste similaire , faire glisser des boules, mais sa finalité change radicalement. Il ne s’agit plus d’additionner des chiffres, mais d’évaluer l’équilibre intime entre joie et tristesse. Le boulier devient alors un instrument introspectif, presque méditatif, transformant un outil de calcul en un dispositif sensible qui invite chacun à prendre conscience de son propre rapport au bonheur
Or et monumentalité : une grammaire du sublime chez Othoniel.
Cette présence insistante du sphérique ne relève pas d’un simple choix formel. Elle engage une véritable poétique du regard, où l’œuvre devient surface de projection autant qu’objet autonome. Par leur répétition et leur échelle souvent monumentale, elles dépassent l’objet isolé pour évoquer un ensemble en suspension, proche d’une constellation. Cette dimension cosmique renforce une esthétique de l’entre-deux, entre froideur technique et imaginaire céleste.


Colliers , candélabres , perles sublimes, jeux de couleurs et de lumière entre poésie, transparence et métamorphose.
Ces sculptures en perles de verre de Murano déploient une présence à la fois légère et spectaculaire, où la matière semble paradoxalement suspendue entre ornement et architecture. Cependant, elles ne décorent pas le lieu : elles le dérangent subtilement, le reconfigurent par la transparence et le mouvement implicite qu’elles suggèrent. On peut y lire une esthétique du précieux assumé, mais détourné : la valeur ne réside pas dans l’accumulation, mais dans la relation entre couleur, lumière et suspension. C’est précisément cette fragilité contrôlée, presque instable, qui donne à l’ensemble sa force poétique.


Voyages au cœur du monde et de la matière
Une immersion où la maison se transforme en cartographie vivante, chaque pièce investie par un pays différent selon l’œuvre qu’elle accueille et le souvenir qu’en garde l’artiste pour y avoir vécu et créé.

Jean-Michel Othoniel a parcouru le monde à la recherche d’inspiration et de rencontres, chaque pays laissant une empreinte dans son travail.
Comme il le souligne, le parcours de l’exposition ne s’organise pas selon une succession temporelle rigoureuse. L’artiste a choisi une lecture intuitive, laissant dialoguer souvenirs, lieux et expériences selon les échos qu’ils entretiennent entre eux, les émotions qu’ils suscitent et leur résonance avec l’architecture de la Villa Empain. Il ouvre le récit de ses œuvres, imaginées et conçues au fil de ses voyages à travers le monde entier, en commençant symboliquement par la Belgique, pays d’accueil de l’exposition . Elles prennent place dans les différentes pièces de la célèbre villa, investissant ce qui était autrefois la chambre d’amis, la salle de bain, la chambre de Monsieur ou encore la chambre de Madame et les salons, faisant dialoguer la création contemporaine avec l’histoire intime et domestique de ce lieu emblématique.
DANS LES SALONS : SON PREMIER VOYAGE EN BELGIQUE

Les colliers de perles occupent une place majeure dans l’œuvre d’Othoniel : ici, ils trônent au centre du salon, déployés en perles géantes qui transforment ce symbole d’ornement en sculpture monumentale.
Dès les années 1980, encore étudiant, il se passionne pour Marcel Broodthaers, Magritte et l’esprit baroque flamand, renforcé par sa rencontre avec Jan Hoet à la Documenta 9 . L’esprit belge l’a réellement inspiré, notamment pour sa « brique » jaune soufre dont il rappelle avec malice l’expression connue que les belges ont « une brique dans le ventre ».

Clin d’œil à l’expression selon laquelle les Belges ont «une brique dans le ventre», Othoniel semble, lui aussi, habité par cette fascination : il réinvente la brique à travers ses célèbres briques de verre, qu’il érige en motifs précieux et poétiques.


Avec humour, Othoniel répond aux célèbres 4 plaques en plastique de l’artiste belge Marcel Broodthaers par une accumulation de pipes et de cigares en terre cuite et soufre, détournant à son tour les codes de l’objet et du matériau.

DANS LE BAR DU BARON : ISTANBUL
JMO découvre la Turquie en 1992, inspiré par les pâtisseries orientales, il avait créé une sculpture en loukoum à la rose,. Il associait à la chair en raison de sa texture tendre, moelleuse et sensuelle, de sa douceur sucrée qui évoque le plaisir des sens, ainsi que de sa matière souple et fondante rappelant la sensualité du corps. À travers cette comparaison, il traduisait le lien entre gourmandise, désir et incarnation charnelle.


DANS UN SALON : LE JAPON

Le Kokora renvoie autant à l’organe du cœur qu’aux élans amoureux, aux émotions intérieures et à la dimension consciente de l’esprit. À la fois cœur, arche et seuil, cette sculpture symbolise une ouverture vers un univers empreint de lumière, de joie et de spiritualité. Grâce à ses lignes généreuses et à sa forme accueillante, elle procure un effet apaisant sur le mental, invitant au calme, au recueillement et à une forme d’élévation personnelle. Elle offre ainsi une transition entre le tumulte extérieur et un état intérieur plus paisible, propice à l’équilibre et à la contemplation.
DANS LA CHAMBRE NORD : L’INDE
En Inde, son voyage à Firozabad, près de Agra, les bracelets en verre (choodiyan) sont produits en grande quantité selon un savoir-faire artisanal ancien.
Bien plus que décoratifs, ils portent une forte valeur symbolique : offerts aux jeunes mariées, ils évoquent la prospérité, la fécondité et la vie conjugale. Leurs couleurs ont un sens , rouge pour le mariage, vert pour la fertilité et leur tintement accompagne le quotidien.
Chez les enfants, ils deviennent objets d’échange et de jeu, prolongeant leur dimension sociale. Fragiles et multiples, ils incarnent à la fois la tradition, le lien et le cycle de la vie.
Ce sont les briques qui jonchaient le sol en attente d’être utilisées pour la construction de maisons qui lui inspirèrent la création de briques de verre à la fois œuvre sculpturale et architecturale.



Le vélo, objet populaire, presque banal, devient ici un socle fragile submergé par une prolifération de bracelets en verre. Cette accumulation forme une masse organique, presque tentaculaire, qui semble à la fois croître et étouffer la structure qui la porte.

Le choix du bracelet en verre, profondément ancré dans la culture indienne, est essentiel : il évoque le corps, le geste, la féminité, mais aussi la fragilité. Détourné de son usage ornemental, il perd son intimité pour devenir matériau sculptu
Cette palette aquatique confère à l’ensemble une dimension presque liquide, comme une vague figée en expansion. Le verre capte et réfléchit la lumière, accentuant l’effet de mouvement malgré l’immobilité de l’objet.
DANS LA SALLE D’ESCRIME : NEW YORK

Aux États-Unis, il découvre un espace de liberté et d’engagement artistique. La rencontre avec Felix Gonzalez-Torres et l’histoire de Stonewall influence des œuvres comme le Collier Cicatrice qu’il créa au décès de Gonzales-Torres ou les Precious Stonewall, où la beauté se mêle à la mémoire et à la lutte. Réminiscence de la rébellion Stonewall à l’origine de la première gay pride à New York .





DANS LA SALLE DE BAIN BLEUE : ROME
Pendant deux ans, Jean-Michel Othoniel séjourna à la Villa Médicis, où il développa son goût pour les jardins, qui inspirèrent des œuvres en verre qu’il suspendit aux arbres.

Alors qu’il résidait encore à Rome, il reçut une commande du Métro de Paris, désireux de célébrer à la fois son centenaire et le passage à l’an 2000.
De retour à Paris, il créa le Kiosque des Noctambules, une structure lumineuse d’inspiration baroque, installée à l’entrée du métro Palais-Royal- Musée du Louvre. La magie opère chaque nuit depuis 25 ans.

DANS LA CHAMBRE D’AMIS : VENISE
À Murano, dès 1997, Jean-Michel Othoniel collabore avec des maîtres verriers et élabore une recherche formelle autour de perles aux contours irréguliers, affirmant une esthétique de l’accident et de la singularité.
Inspiré par le geste délicat de prélever le verre en fusion, il observa que toute altération laisse une trace visible dans l’objet final. Il choisit alors d’exploiter volontairement ces imperfections, conférant à chaque perle un caractère distinct, presque organique.
Ainsi, chacune devient un élément unique intégré à des compositions variées : colliers monumentaux, formes évoquant le corps, structures en spirale ou encore créations à dimension architecturale.
Les colliers-cicatrices inspirés par sainte Cécile, dont la blessure devient symbole de souffrance transcendée. Le collier rouge en verre de Murano matérialise cette cicatrice intime que chacun porte en soi.
Il a lui-même assemblé près d’un millier de colliers et, en les offrant, a transformé cette expérience intime en un geste collectif, donnant à la notion de blessure une portée universelle.


DANS LE COULOIR DE NUIT : BERLIN
Arrivé à Berlin au moment de la chute du Mur, JMO fut témoin d’un basculement historique majeur. Ses premiers pas à l’Est lui ont révélé une société isolée, marquée par le manque et coupée des réalités occidentales.
Il réalisa son premier bronze à Berlin, avec le désir de le rapatrier ensuite en France. S’il a associé cette œuvre au souvenir d’Arthur Rimbaud, c’est que le poète incarnait à ses yeux une figure de rupture, de liberté et d’errance, et que son buste en bronze fut fondu par les armées allemandes durant la Seconde Guerre mondiale.



DANS LA CHAMBRE DE MONSIEUR : L’ESPAGNE
L’Espagne marque les jeunes années de JMO : l’Andalousie, la tauromachie, le duende et le morbo inspirent ses premières œuvres, mêlant beauté et étrangeté, théâtre et émotion. Selon Federico García Lorca, le duende est une force intérieure intense qui saisit l’artiste et donne une émotion profonde et authentique, tandis que le morbo désigne une attirance troublante pour ce qui est sombre, interdit ou dérangeant. Ces notions sont transposées dans les œuvres de JMO, de même que les processions, les vierges de douleur et les croix, qui nourrissent un imaginaire à la fois sacré et charnel.
Dans ce dialogue entre ferveur et ambiguïté, ses premières créations révèlent une sensibilité déjà singulière, où la matière devient le lieu d’une tension entre fragilité et intensité. Elles annonçaient les recherches futures de l’artiste, où la poésie visuelle se mêle à une exploration constante des émotions humaines, entre lumière et obscurité.







DANS LA SALLE DE BAIN DE MONSIEUR : L’ARMENIE

En 2011, un séjour en Arménie marque la rencontre de JMO avec la famille Boghossian . Après l’entrée du Grand Collier Autoporté dans la collection présentée à la Villa Empain, une collaboration voit le jour autour d’un projet destiné à Erevan, dans le Parc des Amoureux restauré par la fondation Boghossian.
Il imagine un grand cœur noir en obsidienne, dédié aux enfants du pays. Devenue rare en Europe,, notamment dans les îles Éoliennes, cette roche vitreuse volcanique a presque disparu sous l’effet des évolutions géologiques.
Le projet a pu voir le jour grâce au CIRVA à Marseille, le Centre international de recherche sur le verre et les arts plastiques. Durant deux années, artisans et techniciens ont accompagné Jean-Michel Othoniel dans une véritable transposition de l’obsidienne en verre, issue d’un processus expérimental proche de l’alchimie et fondé sur un travail collectif.


DANS LA CHAMBRE DE MADAME L’ASIE
Jean-Michel Othoniel découvre l’Asie lors d’un séjour prolongé à Hong Kong, alors sous influence britannique. Il y développe une nouvelle manière de percevoir le monde en réalisant des œuvres en soufre moulé d’une apparente sobriété, dont les surfaces réfléchissantes laissent émerger des partie intimes de corps empreints de sensualité. Cette série, essentielle dans son parcours, est présentée en 1992 à Documenta 9, à Kassel, l’une des manifestations d’art contemporain les plus importantes au monde.



Ses voyages en Asie transforment son regard sur la beauté, désormais perçue comme un chemin vers le spirituel et le merveilleux. En Corée, dont la sensibilité lui est proche, il découvre une attention fine à la nature et aux jardins. Ses Lotus d’Or, posés sur l’eau, traduisent cette quête de pureté et de sacré.

DANS LA CHAMBRE DE MADAME : MIAMI


DANS LE BOUDOIR : VERSAILLES
Invité par le paysagiste Louis Benech à participer à un concours pour redonner vie à une partie des jardins de Versailles, endommagée par une tempête en 1999. Alors qu’il ne savait pas comment faire le lien entre Louis XIV, l’histoire des jardins à la française et son art, c’est à l’occasion de visites au Isabelle Stewart Gardner Museum à Boston, un musée consacré aux arts européens et américains, qu’il découvrit un livre de feuillets représentant les pas de danse baroque. Il retrouva les bases de son travail dans les volutes des écritures.
Le duo louis Benech et Jean-Michel Othoniel gagnèrent le concours car ils furent les seuls à proposer une création artistique associée au paysagisme dans l’esprit des collaborations historiques entre concepteurs de jardins et artistes du XVIIe siècle.
JMO a transformé les tracés calligraphiés en sculptures-fontaines, devenues les premières œuvres installées à Versailles depuis l’époque de Louis XVI.
Ces formes épurées traduisent dans l’espace trois mouvements chorégraphiques précis : l’entrée, le menuet et la bourrée. Depuis leur mise en place, ce lieu retrouve une dimension chorégraphique et symbolique, comme si la figure du roi reprenait vie à travers le mouvement dans le Bosquet du Théâtre d’eau créé par André Le Nôtre entre 1671 et 1674

L'entrée grave pour homme en danse baroque (ou « Belle Danse ») est une forme chorégraphique théâtrale des XVIIe et XVIIIe siècles, caractérisée par un style sérieux, noble et majestueux.
(voir vidéo)
La Sarabande
Danse lente et noble à trois temps, d'origine espagnole, très populaire aux XVIIe et XVIIIe siècles
Le menuet
Forme de rythme construit sur le chiffre trois, qui crée une impression de continuité souple et ondulante et gracieuse.
La Pastorale
Danse d’inspiration rurale qui représente de manière idéalisée la vie des bergers et des bergères, dans une vision poétique et harmonieuse de la nature et de la vie à la campagnes.
DANS LE COULOIR DE NUIT : NEW ODYSSEY
Jean-Michel Othoniel explore depuis toujours l’absence et le deuil, transformant la cicatrice en beauté. Son tombeau de verre bleu cristallise cette douleur pour en faire un passage vers la vie et le bonheur retrouvé. Les briques deviennent miroir du corps, le bleu évoque le paradis, et des auréoles de verre, ponctuées d’étoiles d’or, diffusent une lumière de joie et d’espoir. »

Le passage de la douleur à la vie à travers le verre bleu rappelle, à sa manière, les rituels égyptiens de transition vers l’au-delà : dans les deux cas, la matière devient vecteur de renaissance et de mémoire. »
Enfin, dans son projet Diary of Happiness, le deuil et l’absence deviennent passage vers la vie : le tombeau de verre bleu et les auréoles ponctuées d’étoiles d’or transforment la cicatrice en joie et en espoir, un geste qui rappelle, par analogie, les rites de transition de l’Égypte ancienne.
À travers ce tour du monde, le plasticien Jean-Michel Othoniel transforme les matières, les cultures et les symboles en œuvres poétiques, où le verre, la couleur et la lumière deviennent autant de passerelles entre mémoire, émotion et renaissance.

Informations
Diary of Happiness
Jean-Michel Othoniel
Jusqu’au 4 octobre 2026
Du mardi au dimanche
De 11 à 18 heures
Fondation Boghossian
Villa Empain, Avenue Franklin Roosevelt, 67
1050 Bruxelles, Belgique
T. +32 2 627 52 30
Ouverture les jours fériés
sauf les lundis, 25 décembre et 1er janvier
Visite spéciale le samedi 6 juin 2026 à 19 heures
avec Chantal Pattyn
Dans le cadre de l’exposition Diary of Happiness, rencontrez Jean-Michel Othoniel et plongez dans ses récits de voyage et la genèse de ses œuvres.
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