Galerie Émilie Dujat; let's celebrate !
- Maïté Lanthin

- 27 janv.
- 6 min de lecture
La Galerie Émilie Dujat fête 18 ans de passion pour l’art et inaugure son nouvel espace à l’ occasion d’une exposition collective où formes, matières et symboles se rencontrent pour offrir aux visiteurs une expérience renouvelée et immersive.

Chaque œuvre tisse un dialogue entre mémoire, inconscient et imaginaire, offrant au spectateur un parcours où l’étrange et le poétique se mêlent. L’étonnante galeriste nous propose un nouveau rendez-vous pour célébrer l’art dans sa pluralité et sa capacité à faire naître des émotions et des réflexions sur la diversité et la richesse de la création artistique contemporaine.
Un nouvel espace placé sous le Haut patronage de... Saint Georges a de quoi surprendre! Cette référence inattendue, presque médiévale, convoque aussitôt l’imaginaire de la protection et du mythe. Ce patronage symbolique installe d’emblée une tension entre héritage iconographique et pratiques actuelles, comme si la galerie revendiquait une position de veille, voire de combat, dans le paysage plastique innovant.
La rue Saint-Georges comme écosystème artistique
Choisir la rue Saint-Georges, ce n’est pas chercher la visibilité facile. C’est accepter une forme de dialogue exigeant avec un quartier déjà fortement structuré par des galeries aux identités affirmées. L’arrivée – ou plutôt l’ancrage – d’Émilie Dujat dans cette rue renforce une idée précieuse : celle d’un écosystème, non d’une compétition. Ici, les galeries ne s’annulent pas, elles se répondent. Elles composent un paysage où le visiteur est invité à comparer, à nuancer, à construire son propre regard. Dans ce contexte, l’espace d’Émilie Dujat agit comme un contrepoint : plus intérieur, plus conceptuel parfois, mais toujours attentif à ce que l’art dit de notre époque, de nos corps, de nos identités mouvantes.
Ce qui distingue profondément le travail de la galeriste, et que ce nouvel espace rend encore plus lisible, est une fidélité assumée au risque. Le choix des œuvres ne vise pas la séduction immédiate, mais affirme la primauté de la démarche sur la cote. C’est aussi le pari de faire confiance à l’intelligence du spectateur.
Après 18 ans à faire rayonner l’art contemporain, Emilie reste fidèle à sa mission: soutenir des artistes audacieux et ouvrir de nouveaux horizons. Après ces années d’existence, elle continue de soutenir la création, d’accompagner de nouveaux talents et de présenter des artistes émergents ou des créateurs confirmés, prolongeant une ligne curatoriale volontairement plurielle. Le parcours de cette nouvelle galerie structuré en trois pièces, fonctionne comme une succession de moments distincts. Chaque espace agit comme un chapitre autonome, resserré, exigeant. Cette fragmentation renforce la concentration mais limite parfois le dialogue visuel entre les œuvres. Le regard doit alors recomposer, mentalement, les correspondances.
Rien n’est donné d’emblée ; l’expérience se révèle progressivement tout au long de la visite.
Avec ce nouvel espace rue Saint-Georges, Émilie Dujat affirme une position claire sur la scène bruxelloise : celle d’un lieu qui privilégie l’intensité à la démonstration, le regard à la distance, la pensée au spectaculaire. Une galerie à taille humaine, exigeante, qui ne cherche pas à convaincre mais à engager durablement celui qui accepte d’y entrer.
Dès l’entrée, le regard est immédiatement captivé par « Pogo » l’œuvre de Romain Simon. Le Pogo est surtout connu comme une forme de danse frénétique associée à la scène punk des années 70 et à l’idée de mouvement.

Cette œuvre frappe d’emblée par sa saturation visuelle et son énergie centrifuge. La composition, dense et foisonnante, semble animée d’un mouvement perpétuel où formes, couleurs et figures s’enchevêtrent dans une sorte de tumulte organique. Rien n’y est statique : l’œil est constamment happé, déplacé, relancé.
La palette, dominée par des ocres, rouges, jaunes, turquoises et noirs, est intensément expressive. La couleur n’est pas décorative : elle est structurelle et émotionnelle. Elle agit comme un liant entre les formes tout en accentuant les tensions internes de la scène. Certaines zones semblent vibrer, presque entrer en collision chromatique, renforçant l’impression de débordement. L’ensemble peut se lire comme une allégorie du chaos contemporain, ou plus largement comme une exploration de l’inconscient collectif.
C’est une peinture qui ne cherche pas à séduire calmement, mais à éprouver le spectateur presque physiquement tout en l’invitant à une traversée intérieure. J’ai pénétré l’œuvre allant de découverte en découverte, comme aspirée dans un monde mental ou rituel. Les figures semblent lutter, danser, fusionner entre violence sous-jacente et célébration de la vie dans ce qu’elle a de plus excessif et indomptable.
Romain Simon, d’apparence calme, discrète, presqu’en retrait, nous offre une œuvre d’une très grande intensité qui dialogue avec l’héritage de Jérôme Bosch et de James Ensor par son foisonnement de figures hybrides, de masques et de métamorphoses. Comme chez Bosch, l’espace est saturé, habité par des forces en mouvement ; comme chez Ensor, les visages stylisés évoquent une forme de carnaval intérieur. Toutefois, l’artiste s’affranchit de la morale et de la satire pour proposer une vision contemporaine, plus organique et psychique, où le chaos devient énergie vitale.

Les visiteurs sont surpris par une silhouette humaine, lumineuse, plus grande que nature « Artificial Humans », œuvre créée par le collectif « Atelier de cuisine », fondé par Bernd Tyskens et Benny Conings. Ces derniers ne sont pas artisans culinaires mais concoctent des œuvres où l’art et la technologie se mélangent comme ingrédients inattendus.
Dans « Artificial Humans », les artistes présentent un univers où humain et machine se rencontrent, invitant à réfléchir sur notre regard et notre posture. Chaque installation se goûte autant avec les yeux qu’avec l’esprit, créant un dialogue subtil entre Light Art et technologies numériques.
MIME
Maxime Besnard, artiste Français résidant à Paris et que l’on connaît sous le pseudonyme de Mime, nous fait explorer par le titre de son œuvre « I’missed you so much » le thème universel du manque et de la nostalgie.

Vous serez certainement troublé par ce collage qui joue sur la superposition de formes et de temporalités, créant un dialogue énigmatique entre corps vivant et mémoire sculpturale. Le contraste entre posture humaine et visages fragmentés évoque à la fois vulnérabilité et permanence, tandis que le monochrome accentue le côté solennel. Cette pièce unique est une réflexion subtile sur l’identité, le temps et la présence, un dialogue entre passé et présent. L’œuvre inspirée par des visage antiques, repose sur un petit support minimaliste, accentuant l’effet de flottement ou d’instabilité.
Dans la galerie d’Emilie Dujat, on ne circule pas, on s’arrête. Chaque pièce agit comme un temps distinct, une chambre de résonance où l’œuvre ne peut être contournée. La succession des trois pièces, très marquée, cloisonne le parcours. Le dialogue entre les créations se construit davantage dans la tête du visiteur que dans l’espace lui-même. Ainsi, mon regard s’est arrêté sur une œuvre singulière ; une sorte de conque abandonnée, vestige d’un mollusque dont le coquillage était pourvu de jambes ! Un objet fascinant sculpté par Ghita Remy, une artiste pluridisciplinaire Belgo -Italienne passionnée d’archéologie et d’histoire naturelle. Elle explore le corps de la femme archaïque « Vagina dentala » et s’aventure sur les traces d’un mythe ancien où le féminin porte en lui des formes interdites et mystérieuses.
A travers ses moulages, empreintes et duplications, se révèlent des récits enfouis, des symboles mêlés qui traversent le temps où désir et peur, nature et culture se croisent et se recomposent.
Avec ce nouvel espace rue Saint-Georges, Émilie Dujat ne cherche ni la monumentalité ni la facilité. Elle propose un lieu qui engage, qui resserre, qui oblige à regarder autrement. Un espace dont les limites sont visibles et assumées et qui, précisément pour cette raison, mérite qu’on s’y attarde.
Maïté Lanthin
Infos
GALERIE EMILE DUJAT
+ 32 (0) 475 833 167
Rue Saint Georges, 5
1050 Bruxelles
Exposition jusqu’au 27 février 2026
Les Jeudis, vendredis et samedis de 11 :00 à 18 :00
ARTISTES DE LA GALERIE EMILIE DUJAT
Benoît Adam, July Ancel, Atelier Haute Cuisine, Miguel Chevalier, Frédéric Léglise, JPMDR, Mime, Jean-Marc de Pelsemaeker, Nathalie Pirotte, Ghita Rémy, Geneviève Roeseler, Romain Simon, Maxim Van Cauwenberge.
GHITA REMY EXPOSERA AU BOTANIQUE DU JEUDI 5 FEVRIER AU DIMANCHE 22 MARS 2026
Vernissage le mercredi 4 février 2026











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