Marie de Hongrie. Art & Pouvoir à la Renaissance (à Mariemont)
- Eric Valenne
- 13 janv.
- 6 min de lecture
Splendide expo qui se déroule jusque au mois de mai, dédiée à une femme de pouvoir, Marie de Hongrie (qui donnera son nom à Mariemont, près de Binche (Belgique).
interview de Gilles Docquier (commissaire de l'expo avec Krista De Jonge)
« Marie de Hongrie. Art & Pouvoir à la Renaissance » plonge dans les origines de Mariemont pour s’étendre au cœur de l’Europe du 16e siècle. Sous l’égide de la Maison de Habsbourg, l'exposition retrace l'un des plus importants dénouements historiques de la Renaissance !
Nous sommes au milieu du 16e siècle et Charles Quint, empereur et chef de la Maison de Habsbourg, né à Gand en 1500, étend son pouvoir sur une grande partie de l’Europe. Mais cette prédominance est fragile et le contraint à de nombreuses stratégies de renforcement. L’une d'entre elles consiste en la préparation de sa succession en faveur de son fils, le futur Philippe II. Face à ces enjeux dynastiques et politiques, la sœur de l'empereur Marie de Hongrie, s'est révélée comme une redoutable stratège.
Interview de Gilles Docquier, commissaire de l’expo (avec Krista De Jonge):
« L’exposition se tient à Mariemont, dans le cadre de Marie de Hongrie et le pouvoir à la Renaissance. Elle rassemble environ 200 pièces originales et authentiques du XVIᵉ siècle, consacrées à la figure fondatrice du domaine, Marie de Hongrie, ainsi qu’à son entourage, notamment son frère aîné Charles Quint et le fils de ce dernier, le futur roi d’Espagne Philippe. Elle présente une grande diversité d’œuvres : documents originaux, manuscrits, livres imprimés, une tapisserie exceptionnelle récemment acquise grâce au Cercle royal des Amis du musée, ainsi que de grands tableaux prestigieux issus de peintres de cour. Une quarantaine d’institutions ont contribué par des prêts, parmi lesquelles le musée des Arts décoratifs de Paris, le musée des Beaux-Arts de Dijon et l’Hospice Comtesse de Lille. De nombreuses œuvres proviennent également de Belgique et du Luxembourg, et l’ensemble des institutions prêteuses publiques est bien entendu mentionné dans le parcours.»
Femme de pouvoir et stratège
L’exposition retrace le véritable projet de propagande mené par Marie de Hongrie et son entourage entre 1539 et 1559. Combinant prestige et majesté, elle a orchestré une savante mise en scène au service du noyau impérial, impactant par ses actes le cours de l’art et les lignes des territoires européens. Véritable femme de pouvoir et d’innovation, elle a fait notamment appel à des artistes influents venus d’Italie et planifié une éclatante tournée de présentation de l’héritier, en organisant la défense militaire des Pays-Bas. Tout e, ordonnant la construction d’un palais à Binche et d’un vaste domaine de chasse à Mariemont.
À travers des œuvres prestigieuses, des prêts exceptionnels et des dispositifs numériques innovants, l’exposition plonge le visiteur dans une saga impériale où se mêlent art, histoire et diplomatie.
Tour à tour princesse, reine, régente, mécène et collectionneuse avisée, Marie de Hongrie s’impose dans un univers alors généralement réservé aux hommes. Plus de quarante institutions ont contribué à rassembler un ensemble exceptionnel : tableaux, sculptures, dessins, gravures, manuscrits, orfèvrerie et documents d’archives témoignent de la place et du rôle politique, diplomatique et artistique de Marie de Hongrie. Parmi les pièces majeures figurent des portraits attribués à Titien, des éléments de décors sculptés de Jacques Du Brœucq, ou encore deux tableaux aux vues paysagères grandioses signés par Jan Brueghel de Velours et Denijs van Alsloot. L’exposition présente également, pour la première fois au public, la grande tapisserie acquise récemment et restaurée pour la circonstance par le Cercle royal des Amis de Mariemont.
À côté de ces œuvres emblématiques, des installations sonores et visuelles inédites - modèles 3D, images animées et vidéos - reconstituent les musiques, chants et danses, architectures et panoramas de cette époque majeure. Conçues dans le cadre d’un projet européen d’innovation en médiation numérique, intitulé « MARY4ALL », ces reconstitutions sont présentées en avant-première avant une itinérance en Belgique, Allemagne et Espagne.L’exposition est réalisée sous le commissariat de Gilles Docquier, Conservateur de la Section Histoire régionale et domaniale au Domaine & Musée royal de Mariemont, et de Krista De Jonge, Professeur émérite d’histoire de l’architecture à la KU Leuven. Coproduite avec la KU Leuven et placée sous le Haut Patronage de Sa Majesté la Reine, l’exposition est intégrée au programme du festival EUROPALIA ESPAÑA. Elle est cofinancée par le programme Europe créative de l'Union européenne.
A propos de l'expo
Extraits de la guidance de Gilles Docquier, commissaire de l'expo (avec Krista De Jonge): "Le parcours de l’exposition met d’emblée en évidence les trois personnages principaux. Chacun est présenté individuellement, à travers de petites vitrines qui lui sont dédiées. Ces vitrines contiennent des documents autographes issus des collections de Mariemont, permettant d’établir un lien direct avec l’Espagne – ou plus exactement avec les Espagnes. En effet, comme dans le cas des Pays-Bas ou de nos régions, il ne s’agit pas d’un territoire unifié, mais d’un conglomérat de territoires réunis sous l’autorité d’un seul souverain. Nous découvrons ici le jeune Charles, qui n’est pas encore Charles Quint. Ce n’est que trois ans plus tard, lorsqu’il conquiert la couronne d’empereur germanique – symbolisée au centre du dispositif – qu’il apparaît en majesté, au moment où il hérite également des possessions espagnoles. Le portrait du souverain est entouré des blasons des différents territoires de la péninsule ibérique, ainsi que de ceux de ses ascendants, ses grands-parents, représentés dans les quatre écoinçons. Sur le volet de gauche figurent les revendications de la maison de Habsbourg, sur celui de droite celles de la maison de Bourgogne. On comprend ainsi très rapidement que ce souverain va cumuler sur ses épaules une somme exceptionnelle de responsabilités et de territoires à l’échelle internationale. Le parcours de l’exposition est chronologique et se concentre sur une vingtaine d’années, autour de l’année 1539. À cette date, Charles Quint est à l’apogée de sa puissance et la dynastie semble étendre progressivement ses ramifications et son réseau."
"Un événement majeur vient cependant bouleverser cet équilibre : la mort de l’impératrice Isabelle de Portugal. Elle est représentée dans un magnifique retable en albâtre provenant du château de Binche, œuvre qui témoigne du ciment de leur union et de la confiance mutuelle qui les liait. En 1539, Charles Quint devient veuf. Il laisse derrière lui trois enfants : deux filles, Marie et Jeanne, et un fils.
Une attention particulière est portée à Marie, notamment en raison de la position stratégique de ses territoires, situés à la lisière du royaume de France, adversaire récurrent de la monarchie des Habsbourg. Bien qu’elle possède une grande résidence princière, le palais du Coudenberg à Bruxelles, elle choisit également de s’établir partiellement dans les environs. Ce territoire, à la frontière du comté de Hainaut et de la prévôté de Binche, devient alors un lieu de pouvoir majeur.
L’exposition reprend la logique des quatre territoires, déjà introduite au début du parcours, à l’aide d’un code couleur identifiant les zones concernées. Pour chacun de ces territoires, une sélection de documents met en lumière des moments clés de la période étudiée, en lien direct avec les enjeux politiques et culturels propres à chacun. »
Krista De Jonge (co-commisaire de l'expo): « Un exemple emblématique est celui de la mascarade, une combinaison de danses et de divertissements festifs qui se tient le 28 août 1549, on imagine à la tombée du soir. Cette scène a été rendue vivante grâce à une animation immersive. Elle prend place après le dîner, lequel se déroule dans un autre espace et se conclut par un dessert servi debout, dans une salle différente. Le rez-de-chaussée disposait lui aussi d’une importante machinerie festive : le dessert descendait littéralement des cieux, accompagné de faux éclairs et d’effets sonores spectaculaires. Ce dessert de sucre, particulièrement coûteux, fut financé par les marchands d’Anvers. »
Gilles Docquier nous parle de peintures: « Le parcours se poursuit avec le règne de Philippe, monté entre-temps sur le trône après ses victoires militaires, notamment celle de 1557. Il commande alors à Antonio Moro un portrait officiel reprenant les codes de Titien, tout en y ajoutant le souci du détail propre à la peinture flamande. L’attention se porte sur la finesse de l’armure, de la barbe, du col en dentelle, ainsi que sur l’attitude solennelle du souverain. Cette iconographie rejoint celle des grands généraux qui ont contribué aux victoires des Habsbourg, tels que le célèbre duc d’Albe, Ferdinand Álvarez de Tolède. »
Quelques photos






































Commentaires