L’animal comme miroir : regard sur Animal Art Bruxelles
- Maïté Lanthin

- il y a 2 jours
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Dernière mise à jour : il y a 19 heures
L’animal comme miroir : regard sur Animal Art Bruxelles. Une plongée dans le monde fascinant des animaux et leurs représentations.

Du 7 au 8 mars 2026, Bruxelles accueille une nouvelle édition d’Animal Art Bruxelles, un salon consacré à la création artistique inspirée par le monde animal. L’événement se tient dans le cadre du Cercle Royal Gaulois Artistique et Littéraire, un lieu superbe et feutré chargé d’histoire où l’élégance des salons contraste parfois avec la vitalité presque sauvage des œuvres exposées.
Dans cette très belle exposition, sont présentées notamment les œuvres de
Les représentations d'animaux occupent une place singulière dans l’histoire de l’art. Longtemps associées à la tradition naturaliste ou décorative, elles ont souvent été reléguées à une catégorie mineure. Pourtant, l’animal est un sujet exigeant: il impose à l’artiste d’observer, de comprendre le mouvement, la structure, mais aussi l’énigme du vivant. Dans ce salon, certains créateurs s’inscrivent dans la continuité d’une tradition attentive à la morphologie et au geste ; d’autres préfèrent explorer une voie plus expressive, où l’animal devient presque un prétexte à la matière, à la couleur ou à la forme.

Ce qui frappe, en parcourant l’exposition, c’est la diversité des regards. Ici, un bronze cherche à capter l’instant de tension d’un corps prêt à bondir; là, une peinture s’attarde sur la douceur d’un pelage ou la profondeur d’un regard. L’animal n’est plus seulement représenté: il devient présence, parfois même alter ego silencieux de l’homme.
Cependant, cette abondance pose aussi une question critique. Entre fidélité au réel et stylisation contemporaine, l’art animalier oscille constamment entre deux pôles: la virtuosité technique et la véritable nécessité artistique. Toutes les œuvres ne franchissent pas ce seuil. Certaines séduisent par leur habileté mais restent dans un registre illustratif. D’autres, plus rares, parviennent à dépasser la simple représentation pour suggérer quelque chose de plus profond: une relation, une tension, un mystère.
C’est sans doute là que réside l’intérêt d’un salon comme Animal Art Bruxelles. Au-delà de la célébration de l’animal, cet événement rappelle que l’art animalier peut être un terrain d’expérimentation sensible. L’animal y apparaît non seulement comme sujet esthétique, mais comme miroir de notre propre condition : instinct, fragilité, puissance et silence.
Dans une époque où la relation entre l’homme et le vivant est au cœur de nombreuses préoccupations, ces œuvres résonnent autrement. Elles invitent moins à admirer l’animal qu’à le regarder vraiment. Et peut-être, à travers lui, à nous regarder nous-mêmes.
Gilles Charrière
Ainsi, certaines œuvres de Gilles Charrière se sont imposées au regard, notamment par l’intensité presque troublante des regards qu’il donne à ses animaux. Celui d’un gorille, profond et silencieux, semble observer le visiteur avec une présence inattendue. Plus loin, un lapin et un chien révèlent la même attention portée à l’expression: une justesse qui dépasse la simple représentation pour atteindre quelque chose de plus sensible, presque vivant.

Les yeux du gorille sont le point le plus saisissant de la sculpture. Ils semblent légèrement enfoncés dans la matière, entourés d’une texture épaisse et rugueuse qui évoque la force brute du corps. Pourtant, au centre de ce visage massif, le regard paraît presque humain : lourd, brillant, profond, comme chargé de mémoire. Il ne regarde pas vraiment le spectateur, il semble plutôt absorbé dans une pensée silencieuse. Il scrute son petit.
Ce petit bébé gorille qui crée un contraste bouleversant. Ses yeux sont plus ouverts, plus ronds, presque interrogatifs. Là où le regard du grand gorille paraît grave et protecteur, celui du petit exprime une forme de dépendance et de confiance.
Entre les deux regards se tisse une relation très forte : le grand semble veiller, tandis que le petit cherche une présence. La matière brute de la sculpture n’efface pas cette émotion — au contraire, elle la renforce. Dans ces yeux immobiles, on lit à la fois la tendresse, la fragilité et la force du lien.
Gilles Charrière me confie qu’il réalise les yeux en dernier. Comme l’ultime geste qui donne vie à la sculpture. Ainsi, en achevant l’œuvre par les yeux, l’artiste ne se contente pas d’un détail anatomique : il insuffle à la sculpture son souffle émotionnel. Le regard devient le lieu où la matière brute se transforme en présence.

Le regard du chien dans cette sculpture exprime une douceur mêlée de mélancolie. Ses yeux semblent légèrement humides, comme s’ils reflétaient une attente ou une inquiétude. La position légèrement inclinée de sa tête renforce cette impression de vulnérabilité et de sensibilité, donnant l’impression que le chien cherche un lien affectif ou une réponse auprès de l’observateur. On ressent à la fois la fidélité et une forme de tristesse contenue, ce qui rend l’expression très humaine et touchante.
On pourrait dire que Gilles Charrière n’est pas seulement un artiste : il est lui-même une présence. Une force tranquille qui semble prolonger celle des animaux qu’il représente et qu’il a observé de très près, approchant notamment des ours dans leur environnement, dans une proximité qui demande à la fois calme, attention et respect. Artiste autodidacte de la vie animale, il transforme le bois, la terre, le bronze et la peinture en une célébration tangible de la biodiversité avec une maîtrise qui transcende les matériaux.

L’artiste, par le choix de cet œil à la fois ouvert et profond, confère au lapin une force narrative : le spectateur est invité à s’interroger sur ce que l’animal ressent, et ce dialogue muet entre l’œuvre et l’observateur devient central.

Rond, vif, presque humain, il traduit une vigilance tendue et une présence palpable. La matière rugueuse autour accentue cette intensité, donnant à l’animal une expressivité à la fois fragile et saisissante.
Infos: Gilles CHARRIERE
Instagram @gilles charrière
Tania Boucard
La sculptrice-céramiste, utilise la terre pour transformer ses émotions et ses intuitions en formes concrètes. À travers ses œuvres, elle donne corps à sa perception du monde animal, dont la beauté et la richesse l’inspirent profondément.
Elle connaît la faune sauvage qu’elle a pu observer en Afrique, notamment en Tanzanie, le Serengeti et Ngorongoro.
Éléphants, buffles, orangs-outans, tortues de mer, chouettes, homards bleus ou grenouilles… son bestiaire, riche et varié, prend vie sous ses mains : elle façonne et sculpte chaque animal en pièces uniques, cuites selon les techniques du raku ou du grès.
Méthode de cuisson de poterie japonaise apparue au XVIᵉ siècle, le Raku signifie « plaisir dans le hasard ». Les pièces sont cuites rapidement à environ 1000 °C, puis soumises à un choc thermique à la sortie du four, ce qui crée des craquelures et des couleurs uniques à chaque objet.

« Timbo »
Un regard d’éléphant, figé en terre, chargé de force et d’émotion.

L’œil de cette tortue de mer en terre cuite reflète la lenteur et la sagesse immémoriale de l’animal.
Infos: Tania BOUCARD
Instagram @tania.boucard
Emmanuel del Marmol
L'artiste se consacre particulièrement aux oiseaux en plein envol, qu’il modèle d’abord en cire avant de les transformer en bronze ou en résine, saisissant leur mouvement avec délicatesse et élégance.


Contact: Emmanuel del MARMOL
Marie-Joëlle Cédat
Des animaux d’Afrique, d’Europe, d’Asie et d’Amérique du Nord — chiens, oiseaux, chevaux — aux paysages marins et montagneux, Marie-Joëlle Cédat, peintre et sculptrice, s’investit dans tous les univers où son talent artistique peut s’exprimer.
Cette année elle a privilégié la neige et les paysages de montagne où elle introduit bouquetins, loups, renards, aigles et autres rapaces.

Contact: Marie-Joëlle Cédat
Yong-Man KWON
Né à Suong en Corée du Sud, Yong-Man Kwon est un peintre figuratif par sa formation artistique. Mais grâce à une gestuelle picturale spontanée et profondément authentique, il sait relever les défis posés par chaque sujet. Il joue habilement avec les teintes, les formes, les volumes et les contrastes, orchestrant avec maîtrise les différents composants de la toile insufflant ainsi une énergie vibrante à l’animal.

Les boîtes précieuses de Micheline CROUQUET
Appelés « Jolités » ou « Bois de Spa », ces coffrets et objets décoratifs façonnés dans l’érable de Spa sont indissociables de l’histoire de la célèbre ville thermale belge. Dès le XVIᵉ siècle, souverains, aristocrates et figures de l’élite européenne s’y pressent pour goûter aux vertus de ses eaux et au raffinement de la vie mondaine.
Dans ce contexte d’élégance et de prestige naît une production d’objets précieux: cannes peintes, coffrets délicatement ornés, boîtes raffinées. Bien plus que de simples souvenirs, ces pièces deviennent les marqueurs d’un goût cultivé et d’un art de vivre.
Aujourd’hui conservées dans des collections privées, des musées ou chez des amateurs éclairés, les « Jolités » témoignent d’un savoir-faire d’exception, considéré comme l’une des expressions les plus abouties de l’art décoratif wallon. Une tradition exigeante que seuls quelques artistes perpétuent encore, maintenant vivant un patrimoine intimement lié à l’histoire et au prestige de Spa.
Micheline Crouquet, une créatrice engagée dans la préservation d’un héritage aussi rare que précieux, entre artisanat et expression artistique.


Réalisée en bois tourné d’érable de Spa, cette "jolité" est peinte à la gouache, vernie à la gomme et au tampon, dans le plus stricte de la tradition.
Des noisettes sont également peintes à l’arrière du couvercle.
Si Micheline Crouquet perpétue l’art des « Jolités », son univers pictural se nourrit aussi de la présence animale et de la mémoire des forêts. Dans ses œuvres semble flotter le parfum du bois marqué par les eaux ferrugineuses de Spa, dont elle apparaît aujourd’hui comme l’une des plus ferventes ambassadrices.

Infos Musée de la Ville d’EauxAvenue Reine Astrid 77b – 4900 SPAOuvert du 2 mars au 10 novembre de 14 à 18H00www.spavillaroyale.be
Livre: SPA Ville-écrin des Jolités par Lydwine de MoerloosePrisme Edition 2018
CONTACT
Micheline CrouquetRestauratrice de Bois de Spa
Les plumes de Georgine GLAENZER
Venue de l’univers du chapeau , elle découvre en 2014 l’art de la plumasserie, l’un des derniers savoir-faire du patrimoine vivant français. Depuis, elle explore avec une précision quasi orfèvre les ressources esthétiques de la plume, matière fragile et fascinante, qu’elle sélectionne et assemble dans le respect des réglementations internationales.
À la frontière de l’art et de l’observation naturaliste, son travail révèle la richesse graphique des plumes — leurs irisations, leurs rythmes et leurs textures. Par de délicates marqueteries et des bas-reliefs, elle compose des tableaux où la matière semble vibrer et se métamorphoser.
Mais la plume ne s’arrête pas au cadre : elle se prolonge aussi dans des créations portées — boucles d’oreilles, colliers ou bracelets — où l’objet devient parure. Chaque pièce, unique, révèle ainsi une manière sensible et contemporaine de faire dialoguer nature, artisanat et création.


Infos: Georgine GLAENZER
Instagram @georgineg_glaenzer
Facebook @georgine.galenzer
Guillaume BELIN de CHANTEMELE : L’art à la tronçonneuse
Attiré depuis toujours par la nature, il s’est trouvé dans le bois, où chaque copeau devient une invitation à la création. La tronçonneuse, qu’il manie avec une précision surprenante, n’est pas seulement un outil : c’est son pinceau géant, capable d’épurer la forme et de révéler l’essence de l’animal en un coup de lame audacieux.
Passionné par la faune, il sculpte les animaux qui l’entourent, révélant leur beauté souvent ignorée. Chaque pièce, taillée dans un seul bloc et parfois rehaussée de pigments naturels, devient un instant suspendu où force brute et poésie se rencontrent, donnant vie au bois… et parfois à quelques éclats de rire.

Contact: Guillaume BELIN
Instagram : @belin_la_buche
Infos
Animal Art Bruxelles 2026 en est à sa 11ème édition.
L’événement animalier de l’année à Bruxelles invite 21 artistes et artisans d'art animalier professionnels à exposer samedi 7 et dimanche 8 mars 2026 au Cercle Royal Gaulois, artistique et littéraire à Bruxelles.
Président d'honneur : Son Altesse le prince de LIGNE.
Président : le Chevalier Philippe de WOUTERS d’OPLINTER, Président du Cercle Royal Gaulois.En 2026
Le Jury sera présidé par Son Excellence Monsieur Xavier LAPEYRE de CABANES, ambassadeur de France auprès du Royaume de Belgique.
Le vice-président du Jury est Maître Alexandre MILLON.
Une sélection de 20 Artistes internationaux contemporains, peintres, sculpteurs, photographes et artisans d’art animalier présentent plus de 500 œuvres originales. Peintures, dessins, gravures, sculptures (bronze, bois, céramique, pierre), photographies, objets d’art et de décoration seront vendus en direct par les Artistes
Rendez-vous incontournable pour plus de deux mille amateurs et collectionneurs passionnés. Avec le soutien de nombreux partenaires institutionnels, médias et corporate.



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